Job Armel

Rencontre avec Armel Job
19 Mars 2014

___________________________________________

Bio
Entretien
Photo
Vidéo
Audio

___________________________________________

Biographie

Armel-JOB-2-e1382014860416Armel Job est né en 1948 en Belgique à Durbuy dans une modeste famille rurale de quatre garçons. Son père fut matelassier, puis marchand de semences. Il est licencié-agrégé en philologie classique de l’Université de Liège. Il enseigne le grec et le latin pendant vingt ans au séminaire de Bastogne, école dont il deviendra le directeur. Durant ses années de professorat, Armel Job publie à plusieurs reprises des articles spécialisés dans les Revues de l’enseignement catholique belge et poursuit d’incessants travaux de traduction du latin et du grec. Il quitte définitivement l’enseignement pour l’écriture en 2010.

Les récits puis les romans qu’il a publiés en France chez Robert Laffont et en Belgique ont été couronnés de nombreux prix, dont le Prix Emmanuel-Roblès (2000) pour La femme manquée, le Prix des lycéens (2003) pourHelena Vannek, le Prix du jury Giono (2005) pour Les fausses innocences (roman porté au petit écran), le Prix du Festival Simenon (2010) pour Tu ne jugeras point.

La page facebook de l’auteur : https://www.facebook.com/Armel-Job-17412255969/

Retour en haut

___________________________________________
___________________________________________

Entretien

Bonsoir mesdames et messieurs. Vous êtes-vous déjà demandé ce qu’est la conscience ? Cet état qui nous fait agir de telle ou telle façon, qui nous démontre ce qu’est le bien et le mal ? Cette connaissance que chacun a de son existence et de celle du monde extérieur ? La conscience qui nous oblige à nous taire ou à parler, à aider ou à dénoncer ?

Armel Job va nous éclairer à ce sujet.

Né le 24 juin 1948 à Heyd, dans un milieu d’artisans modestes profondément enracinés dans le terroir et imprégnés de l’ancienne culture liégeoise (la langue parlée à la maison n’est pas le français, mais le wallon liégeois), Armel Job est un des plus intéressants écrivains wallons et francophones contemporains.

Après une formation au séminaire de Bastogne où il apprend le piano et s’exerce au théâtre, il poursuit ses études universitaires à Liège. Il devient candidat en philosophie et lettres et licencié en philologie classique. Au cours de ses études universitaires, il continue à faire du théâtre.

Après ses études, il est engagé comme professeur de latin et de grec au séminaire de Bastogne, où il enseigne pendant vingt-trois ans puis, en 1993, il en devient le directeur. C’est aussi à ce moment qu’il commence à publier des récits et des romans. Il quitte son poste en 2010 pour se consacrer à son travail littéraire.

Dès son premier roman, il pose les jalons d’une œuvre où rien n’est jamais ni blanc ni noir. Son premier récit parait en 1994. Il s’agit de La reine des Spagnes (1994). Près de 20 livres plus tard, voici que vient de sortir De regrettables incidents (2015).

Loin d’être un écrivain régionaliste, Armel Job situe la plupart de ses romans dans les régions où il est né, où il a étudié, où il a travaillé et où il vit : l’Ardenne, la Famenne, le Condroz, Liège et sa province. Ses personnages sont des hommes et des femmes de chez nous, des puissants, des notables, mais aussi des gens simples, des artisans, des petits commerçants, des agriculteurs, tout un petit peuple que l’auteur connaît bien et pour lequel il ne cache pas une profonde tendresse. La force de ses intrigues repose essentiellement sur un remarquable sens du suspense et aussi sur une solide maîtrise des rebondissements.

De nombreux prix littéraires sont déjà venus couronner une œuvre encore appelée à s’enrichir.

Mais on ne peut pas le qualifier uniquement d’écrivain, car Armel Job, c’est bien plus que cela. Armel Job, comme vous le verrez, est un éveilleur de conscience. Il aborde des thèmes qui ne sont pas toujours rigolos ou faciles, mais qui nous rendent plus humains, qui nous font prendre conscience que l’Homme est un être complexe, très complexe…

Lors de cet entretien, j’espère que celles et ceux qui ne connaissent pas encore Armel Job auront peu à peu envie de le découvrir… Quant à celles et ceux qui ne connaissent déjà par cœur, j’espère, qui sait, peut-être encore les surprendre !

*

Nous n’allons pas évoquer tous tes livres, ni toute ta carrière ce soir, mais il faut bien débuter quelque part… Quel est ton premier souvenir de lecture ?

Le premier livre que je me souviens d’avoir lu est La filasse et son trésor de Jean De Kerlecq. La vie de deux enfants dans un cirque. Je devais avoir 7 ou 8 ans quand je l’ai lu. Cette histoire à l’eau de rose m’avait fortement impressionné. J’ai beaucoup lu dans mon enfance, particulièrement les romans de la collection Signe de piste, des aventures de boy-scouts, avec des illustrations de Pierre Joubert. Dans mon village, il y avait une bibliothèque paroissiale, qui ensuite est devenue un dépôt de la bibliothèque provinciale, où je me suis approvisionné pendant toute mon adolescence.

La question suivante est presque inévitable, quel est ton premier souvenir d’écriture ?

Je possède un texte intitulé Le vieux fauteuil que j’ai écrit à l’âge de 8 ans, que j’ai retrouvé il y a quelques années seulement. Il donne la parole à un fauteuil du grenier de mes parents, qui se plaint d’avoir été jeté aux oubliettes sous prétexte qu’il était usé. C’est un texte « littéraire » (les fauteuils parlent rarement en dehors de la littérature) que j’ai écrit pour m’amuser. Ce n’était pas un devoir scolaire. Je ne pense pas non plus que j’avais vraiment pitié de ce fauteuil. Je me livrais simplement à un jeu d’imitation. D’une certaine façon, toute littérature est imitation, la langue littéraire est artéfact. Certainement, je ne savais pas encore écrire, mais je pense que j’avais compris ce qu’était la littérature, c’est-à-dire l’essentiel pour faire un auteur un jour.

Que sont devenus tes premiers textes ?

Comme le fauteuil, ils sont dans les oubliettes.

Tu as pourtant commencé à publier assez tard, malgré ton plaisir d’écrire et de raconter des histoires ? Pourquoi les choses ont-elles pris autant de temps ?

J’ai longtemps cru d’abord que ce que j’écrivais n’avait qu’un intérêt très limité (je le pense encore d’ailleurs) et ensuite que me faire éditer relevait du fantasme pur et simple. Donc, j’ai écrit des textes assez courts, dans le genre conte ou nouvelle pendant des années, de façon occasionnelle, pour le plaisir. Une de mes nouvelles qui s’intitulait La nuit du saigneur fut publiée en 1981 par Le Vif, à l’occasion de Noël. Elle ressort encore régulièrement. En dehors de cela, je me consacrais entièrement à mon métier de professeur de latin et grec. J’ai fait énormément de traductions et écrit de nombreux articles philologiques. J’ai aimé passionnément l’enseignement et la philologie classique, ce qui fait qu’une carrière littéraire ne m’intéressait pas particulièrement. C’est quand j’ai quitté l’estrade, étant devenu directeur de mon établissement, que je me suis recentré sur l’écriture et que j’ai proposé un récit à quelques éditeurs.

Penses-tu que ta carrière, dans l’enseignement a, en quelque sorte, forgé l’auteur que tu es devenu ? Ou y a-t-il une frontière très claire entre Armel Job l’auteur et Armel Job le professeur, puis le directeur du Petit Séminaire de Bastogne ?

Je pense que ma formation de philologue m’a été d’un précieux secours dans mon travail d’écriture. Un philologue est un maniaque qui cherche en permanence à trouver ce qu’il y a derrière le texte qu’on lui demande de déchiffrer, de traduire et surtout d’interpréter. Il a toujours l’impression qu’en dessous de chaque couche de sens se dissimule une autre. Il épluche les textes comme un oignon. Quand j’écris, je travaille par réflexe de cette manière. Dès que j’ai terminé une phrase, je me demande si les choses ne pourraient être présentées autrement, s’il n’y a pas quelque chose de caché dans l’acte ou la parole que mon personnage vient de poser, etc. J’ai l’impression que je pourrais écrire un roman à partir de la situation la plus banale, puisque toute situation se présente à nous comme une simple apparence que nous pouvons dépouiller couche par couche des épluchures derrière lesquelles elle se cache. Par ailleurs, un auteur est forcément un pédagogue. Il dit quelque chose à quelqu’un. On ne peut pas bien écrire si on n’a pas le goût de transmettre.

Peux-tu nous dire dans quel but tu écris ? Sans doute pour devenir riche et célèbre comme tous les écrivains, mais au-delà de ça ?

J’écris dans l’espoir de servir à quelque chose. Je ne peux pas imaginer vivre sans offrir quelque chose à la société.

Dans tes écrits, tu as interrogé plusieurs fois la religion et plus précisément la religion organisée. Quelques mots sur la place que prend la foi dans ton écriture ? Ta vie ?

L’homme est un être religieux, qu’on le veuille ou non, dans le sens où, à moins d’être totalement abruti, il cherche à se re-lier, à se connecter à quelque chose qui donne du sens à son existence. Tous les hommes ont un dieu, le pire étant probablement eux-mêmes. Je ne veux donc pas faire l’impasse de cette quête chez mes personnages, sous prétexte que la pensée unique aujourd’hui semble bannir ce type de questionnement. Je pense qu’une des raisons de la désaffection apparente de nos contemporains pour la religion, c’est qu’ils voient la religion comme une croyance béate. Tous les grands textes religieux proclament le contraire. La religion est interrogation. Elle se présente comme un combat entre l’homme et l’absurdité de sa condition. Ce combat figure au début de la Genèse, lorsque Jacob se bat une nuit durant avec Dieu au gué de Yobboq, combat dont Dieu se retire sans vouloir se nommer, ce qui fait que Jacob ne peut même pas savoir si c’est vraiment avec Dieu qu’il s’est affronté, et qui laisse Jacob boiteux pour le reste de ses jours. Pour moi, la religion, c’est un combat dans l’obscurité dont le doute ne saurait être banni.

Avant de revenir sur quelques livres en particuliers, pourrais-tu partager avec nous le souvenir de ta première publication ?

J’ai envoyé mon premier roman à trois éditeurs qui m’ont tous trois répondu de manière circonstanciée et très favorable. L’un était prêt à éditer le texte immédiatement. J’étais évidemment très heureux, mais je n’en ai rien dit à mes proches, parce que je craignais toujours un revirement de dernière minute. J’ai attendu que le roman arrive en librairie pour en rapporter un exemplaire à ma famille. Ce fut évidemment une fameuse surprise.

Eva Kavian : « Je pense que si j’avais été un homme j’aurais aimé être maçon ». Et toi, Armel, si tu avais été une femme, quel métier aurais-tu peut-être choisi ?

Comme homme, j’aurais aussi aimé être maçon. J’ai d’ailleurs pas mal travaillé comme manœuvre quand j’étais étudiant. Comme femme, je pense que j’aurais aimé être médecin. Je trouve que les femmes médecins s’occupent plus naturellement des corps que les hommes. Je dirais qu’elles sont plus vraies dans cette relation que les hommes. Un homme considère facilement que l’être est un esprit avec une annexe corporelle, tandis que les femmes voient l’être dans sa totalité, chair et esprit.

Et une autre : si tu pouvais choisir la dernière phrase de ta vie, quelle serait-elle ?

Je serai toujours avec toi.


 

jobfaussesLes fausses innocences (2005) Prix Jean Giono
Lien externe du livre

Nous sommes en 1962. Roger Muller est bourgmestre de Niederfeld. Il recueille le témoignage de Mathilda Stembert, l’épouse du docteur. Elle déclare ce dernier mort d’un accident de voiture, en Allemagne de l’Est. Mais, Roger avait rencontré ledit docteur la veille au soir. Il était en panne de voiture, venait de se disputer avec sa femme après lui avoir annoncé qu’il la quittait pour une autre.

Que faire à partir de là alors que le bourgmestre sait que la femme du médecin ment ? Toute la tension du roman réside dans ce choix…

C’est un roman noir et glaçant qui emporte.

Comme souvent dans tes livres, tu décris des gens ordinaires qui vont voir leur vie chamboulée suite à un fait tragique. Accordes-tu beaucoup d’importance au fait que le lecteur puisse s’identifier à tes personnages ? Et réfléchir en parallèle avec ces personnages au fil de l’histoire ?

Je trouve qu’il y a suffisamment d’auteurs pour s’intéresser à ce que j’appellerais globalement la bourgeoisie, disons les gens d’un certain niveau, citadins, dotés d’un confort suffisant pour avoir des problèmes existentiels de luxe. Je préfère me tourner vers les gens ordinaires, ceux qui n’intéressent pas la littérature, comme Roger, un brave type un peu paumé, bourgmestre dans un village. Je suis moi-même issu d’un milieu modeste. Je crois que c’est mon rôle de parler de cette humanité-là. Je ne souhaite pas que les gens s’identifient eux-mêmes dans mes personnages (encore que cela arrive…), mais qu’ils identifient mes personnages comme étant de leur monde. J’écris pour ce public-là, quitte à ce qu’un autre public visite mon univers comme un explorateur visite une tribu oubliée.

Une des méthodes que tu utilises pour maintenir l’attention du lecteur, c’est le retournement de situation. Connais-tu la fin de tes romans lorsque tu en commences l’écriture ?

Ce n’est pas moi qui retourne la situation, ce sont mes personnages. Quand je commence à écrire, je ne sais pas exactement ce qui va se passer. J’ai seulement quelques éléments de départ et ensuite je regarde comment mes personnages vont gérer les choses. Ce sont eux qui m’étonnent.

Dans ce roman se pose clairement la question du choix entre ce que la conscience ou les sentiments nous soufflent comme prise de position. As-tu résolu ce dilemme, personnellement ?

La littérature montre souvent le conflit qui existe entre la morale et la vie réelle. La morale suppose qu’on agit en fonction de certains principes établis par la raison. C’est le fameux impératif de Kant. Mais dans la vie, il arrive très souvent que nous n’ayons pas la possibilité de considérer les choses à la lumière de la raison. Les décisions majeures dans la vie sont prises le plus souvent par instinct. Devant un incendie, le moraliste se demandera s’il doit vraiment entrer dans la fournaise où se trouve un enfant, car il prend le risque déraisonnable d’y rester, alors qu’il se doit à ses propres enfants. Le héros lui entrera dans la fournaise sans réfléchir. Selon Kant, ne pas mentir est un impératif universel. Benjamin Constant lui avait déjà opposé qu’il mentirait si un assassin lui demandait s’il avait vu l’homme qu’il poursuivait.

Jusqu’où pourrait-on aller par amour ?

Il n’y a pas de sentiment plus puissant que l’amour. Il peut nous faire fermer les yeux sur beaucoup de choses. Néanmoins, je pense qu’il a des limites. Il y a des actes chez l’être aimé qui tuent notre amour.

Les Fausses Innocences est ton seul roman adapté à l’écran… Un souvenir de cette aventure ? Y as-tu participé activement ?

J’ai été simplement le témoin de cette aventure. Quand on cède les droits d’adaptation, on sait très bien que le réalisateur va s’emparer de l’œuvre et la transformer en une chose personnelle. Si on n’est pas d’accord, il faut refuser d’emblée. Une fois l’accord conclu, on ne peut plus interférer sur le travail du cinéaste. C’est ce qui s’est passé. Le film est un bon film, mais ce n’est pas mon film. Si j’avais été cinéaste, je n’aurais pas traité le sujet de cette façon. Mais, d’un autre côté, je suis content de voir ce qu’un autre a fait de mon histoire. Si vous louez votre maison à quelqu’un, vous ne vous étonnez pas qu’il arrange les meubles autrement.


commandantbill

Le Commandant Bill (2008)
Lien externe du livre

Le récit commence le 11 mai 1940 : un avion allemand tombe par accident dans une forêt d’Ardenne. Ses deux occupants sont blessés, le pilote, mortellement, son compagnon, grièvement. Que vont faire les habitants du village voisin ?

Le Commandant Bill, comme d’autres de tes romans, prend pour toile de fond la Seconde Guerre mondiale… Quels sont tes souvenirs de l’après-guerre ?

Quand j’étais enfant, les adultes avaient des souvenirs très frais de la guerre. Cela avait été une période très particulière, difficile, pleine d’inattendus. Une période unique dans la vie d’une personne. Pratiquement tout le monde avait quelque chose à raconter. Comme les gens parlaient beaucoup à cette époque où l’on se rencontrait souvent en soirée, sans la télévision, j’ai entendu de multiples histoires de guerre, que je trouvais évidemment très excitantes. Le commandant Bill s’inspire d’ailleurs de la chute d’un avion allemand à laquelle ma mère avait assisté et qu’elle racontait bien souvent.

Au-delà de l’imagination et de la relation des faits, on appréciera également l’analyse des différents personnages, les rancunes mal enterrées, les secrets à peine gardés, qui surgissent au fil de l’histoire. Comment organises-tu tes récits ? As-tu un plan précis ?

J’écris sans aucun plan. Je pars d’une idée et les autres, si tout va bien, dérivent de la première. Si je veux raconter l’histoire d’un village aux prises avec un pilote allemand blessé dont les gens sont bien obligés de s’occuper, je commence par inventer deux ou trois villageois, je les mets devant l’avion tombé, je me demande ce qu’ils vont faire et c’est parti. Je ne sais pas du tout ce qui va arriver. Je laisse faire les personnages.

Malgré toutes les guerres, tous les conflits, toutes les tensions… Tu continues à croire en l’homme. L’humanité triomphera-t-elle au final ?

Je ne fais pas de pronostique sur les chances de survie de l’humanité. L’humanité est une aventure résultant de l’évolution. Les dinosaures ont régné sur la terre pendant des milliers d’années, puis ils ont disparu. Il est fort possible que l’humanité disparaisse. Les hommes sont capables de se détruire eux-mêmes. Ils prennent d’énormes risques avec la pollution ou l’arme atomique, par exemple. Mais, en même temps, il y a toujours eu des gens pour s’opposer de leur mieux à la bêtise humaine. Les grandes révolutions dans la pensée humaine ne sont pas venues des masses, mais d’individus isolés, de tout petits groupes qui ont fini par faire aboutir leur optique de vie. Ces gens-là y ont cru malgré les échecs. Je pense que nous devons essayer de nous ranger de ce côté-là. Le fait que nous ayons de faibles moyens n’a pas d’importance. Comme le disait Martin Luther King – un homme qui a ébranlé l’Amérique malgré la faiblesse de ses moyens –, le pire, ce ne sont pas les gens qui font le mal, ce sont ceux qui regardent le mal sans rien faire.

En écrivant, cherches-tu à t’approcher le plus possible d’une pensée universelle ?

Les humains sont partout pareils. Il y a autant d’universel dans un intellectuel parisien que dans un cultivateur ardennais. Le fait est que j’aime mieux considérer l’universel chez le cultivateur.

J’ai gardé une phrase : « Que la vérité fasse son chemin. Car certaine lumière peut se révéler insupportable aux hommes du temps. Il vaut mieux la garder pour la génération suivante ».

Cela signifie seulement qu’il est difficile de juger les événements à chaud. Dans la région de Bastogne, jusqu’il y a 20 ans, il était exclu de dire du mal des GI’s américains. C’étaient les libérateurs. Maintenant, on peut dire qu’ils ont commis des bavures qui n’avaient rien à envier aux bavures des Allemands. J’ai été frappé dernièrement de voir que ces crimes de guerre étaient évoqués dans la série américaine Mad Men où des vétérans, ayant combattu en Belgique, racontent comment ils ont descendu froidement des Allemands qui se rendaient. Cela veut dire que même l’opinion américaine est capable d’entendre cela aujourd’hui.


 

eauxameresLes eaux amères (2011)
Lien externe du livre

Le 4 août 1942, Abraham Steinberg qui n’était qu’un enfant, est le seul rescapé de sa famille de la déportation.

Le 4 août 1968, il reçoit une lettre anonyme qui lui apprend que sa femme le trompe. Dans ces termes : « Abraham, ta femme te file entre les doigts ! Tu as des yeux et tu ne le vois pas, l’Unique qui ait pitié de toi ».

Abraham va demander de l’aide à son rabbin qui lui remet une fiole d’eaux amères. Si la femme est adultère, en buvant la fiole elle gonflera du ventre et brûlera. Si elle est innocente, il ne se passera rien. C’est dans le Talmud…

La confusion des sentiments et des fausses apparences. Tu n’as pas ton pareil pour parler de cette époque, de la vie de village où, à défaut de distractions, on s’épie et où on interprète les agissements des voisins, où l’on opère des déductions hâtives.

Ce roman est tour à tour désopilant et grave. Dans quel genre le mettrais-tu ?

La vie est grave et désopilante. Si le roman se veut un reflet de l’existence, ces deux aspects doivent être présents. C’est un roman sur les gens, la vie ordinaire dans une petite ville, les sentiments, les non-dits. Tout ce qui fait le charme et le drame de l’existence.

D’accord, Les Eaux Amères évoque le « rôle » que nous jouons tous dans la société… Sait-on jamais ce que pense réellement autrui, même si c’est l’être qui nous est le plus proche ?

Nous ne savons jamais ce que pensent les autres, même les êtres qui nous sont les plus proches. Impossible d’entrer dans leur conscience. Du coup, nous sommes condamnés à nous fier à ce qu’ils veulent bien nous dire. C’est précisément le rôle du roman de nous montrer cet aspect de la réalité auquel nous ne pensons pas souvent. Le romancier connaît tous les cœurs, il connaît les secrets de chacun. Ce qui est plaisant dans la lecture des romans, c’est que nous voyons le monde sous tous les angles et que nous pouvons comprendre que la vie est souvent un vaste quiproquo.

Si je te dis que le regard des autres, le « qu’en dira-t-on » nous fait changer notre comportement, qu’en penses-tu ?

C’est une évidence. Nous vivons souvent en fonction de ce que pensent les autres. Nous souhaitons être approuvé, aimé et, du coup, nous avons tendance à nous aligner sur ce que les autres attendent de nous, ou du moins ce que nous croyons qu’ils attendent de nous. Il n’y a rien de plus difficile que d’être soi malgré l’opinion des autres. C’est le phénomène du mimétisme si bien décrit par René Girard, un philosophe remarquable, que j’ai beaucoup lu. Pour lui, ce désir d’assimilation est perfide, parce que non seulement nous souhaitons être comme les autres (principe qui est à la base de la publicité, par exemple), mais nous souhaitons être mieux que les autres. Nous voulons l’emporter dans ce mimétisme, ce qui est la porte ouverte à la violence.

Les épreuves de la vie ont-elles parfois des effets positifs ?

Bien sûr. On ne progresse que par la frustration. Je vous renvoie à Freud. C’est parce que l’enfant est contraint de s’éloigner de ses parents qu’il devient un adulte. Et ainsi de suite dans la vie.

Le livre se passe en 1968, année de la pilule contraceptive, comment cette révolution a-t-elle modifié notre société ?

Ce n’est pas le sujet du roman, mais un simple élément. Je ne suis pas sociologue, mais il est assez clair que la pilule a été un des éléments de la libération sexuelle. Maintenant, est-ce que cette libération a rendu les gens plus heureux, a-t-elle donné plus de prix à la vie, ce n’est pas à moi de le dire.


 

boncoupableLe bon coupable (2013)
Lien externe du livre

Une petite fille est happée par une voiture en bordure de son village. Tous les soupçons convergent vers Carlo Mazure, pochtron invétéré de son état, volage et noceur qui travaille dans les courses. Mais personne ne sait que quelqu’un d’autre est aussi passé sur cette route : Régis Lagermann, le procureur du roi… Un coupable tout désigné et un suspect potentiel.

Deux hommes et deux destins que tout oppose : l’un, la soixantaine débonnaire et philosophe, qui sait que sa vie est derrière lui ; l’autre, jeune et brillant fonctionnaire, promis à un bel avenir et que les scrupules n’étouffent pas au moment d’éviter les obstacles, de quelque nature soient-ils, qui se dressent sur sa route. Le bon coupable porte le sceau inimitable de ces contes philosophiques aussi légers que profonds dont tu t’es fait une spécialité.

As-tu fait beaucoup de recherches au niveau judiciaire ou as-tu contacté des magistrats pour écrire ce livre ? (Que penses-tu d’un représentant de la loi qui se dérobe à la justice ?)

J’ai vérifié auprès d’un magistrat un certain nombre de détails techniques du roman. Je lui ai également demandé s’il était choqué par le personnage de magistrat que j’avais créé. Il m’a dit que ce genre d’individu existait bel et bien. Pourquoi pas, d’ailleurs ? Le monde de la magistrature est comme tous les autres, peuplé de gens corrects et d’autres qui le sont moins.

La justice est-elle une réalité pour tout le monde ?

La justice est une œuvre humaine avec ses qualités et ses défauts. Il y a des décisions de justice qui font honneur à l’humanité et il y a aussi des dénis de justice et des erreurs judiciaires.

Comment réagirais-tu si un de tes proches était victime d’une injustice ?

Je me battrais.

Penses-tu que, en position de force, quand on a le pouvoir (judiciaire, politique), l’homme ne finit-il pas par utiliser le pouvoir qu’il a ?

C’est un risque. Dès qu’il y a du pouvoir, il y a des petits maîtres qui s’en saisissent à leur profit. Le pouvoir demande de la hauteur d’âme, une qualité peu banale.

Dans ce roman, il y a une représentation de différentes classes de la société c’est aussi une certaine vision de la lutte des classes ?

Pas du tout. Je ne m’intéresse pas à la lutte des classes. C’est une notion étrangère à la société que je décris. L’homme innocent qui est condamné dans le roman n’est nullement victime de la différence sociale qui le sépare du magistrat. Cette différence ne l’intéresse pas. Le magistrat non plus ne le méprise pas pour des raisons de statut social. Le fossé entre eux se situe au niveau moral. D’une part, l’innocent se rachète moralement en assumant une responsabilité qui n’est pas la sienne, d’autre part, le coupable piétine son sens moral en refusant d’assumer ses responsabilités.

Penses-tu que l’homme est profondément lâche par égoïsme et que l’héroïsme est une exception ?

Je le pense. L’héroïsme est exceptionnel.

Ce roman tourne autour du thème de la culpabilité et de la responsabilité sans toutefois devenir moralisateur. Peut-on dire que le point essentiel de l’histoire est de comprendre comment vivre avec un poids sur la conscience ?

Le dénouement du roman est profondément immoral et choquant dans les faits. Beaucoup de lecteurs me l’ont reproché. Mais le lecteur peut se demander ce qui se passe après le roman. Le magistrat va devoir vivre avec un terrible poids sur la conscience, tandis que le faux coupable vit une sorte de rédemption. Du coup, au niveau des consciences, la morale est sauve.


 

danslagueuleDans la gueule de la bête (2014)
Lien externe du livre

Annette est une jeune fille qui a été placée chez les bonnes sœurs. En réalité, Annette s’appelle Hanna. Nous sommes au début de la Deuxième Guerre mondiale, et Hanna est juive. L’histoire se déroule à Liège, et à l’époque, les Liégeois sont en sursis, épiés, traqués. Ils doivent se méfier de tous. Il faut être sur ses gardes. D’autant que la trahison ne vient pas toujours du camp et pour les raisons que l’on croit. S’il y avait d’un côté les bons et de l’autre les méchants, les choses seraient beaucoup trop simples. Comment réagissent des gens ordinaires confrontés à une situation extraordinaire ? Quelle est la frontière entre le bien et le mal, entre un héros et un salaud ? Ne peut-on pas être les deux à la fois ?

Dans la gueule de la bête est fort, puissant, émotionnel. Il résume bien je trouve la quintessence de ton œuvre, qu’en penses-tu ?

« Ce qu’il y a de terrible dans la guerre, c’est qu’il ne s’agit plus du bien et du mal, comme on se l’imagine, mais seulement de différentes sortes de mal entre lesquelles il faut se décider ».

Comment est née l’idée de ce roman ?

J’avais recueilli de la documentation sur le sort des Juifs en Belgique à Anvers pendant la guerre quand j’ai écrit Les eaux amères. À cette occasion, j’ai trouvé de la documentation sur les Juifs de Liège et j’ai découvert que j’avais habité dans l’ancien quartier juif pendant quatre ans dans les années soixante sans m’en rendre compte. Cela m’a donnée envie de reconstituer à travers quelques personnages la vie des Juifs de Liège sous la botte nazie.

Les bons et les méchants ne sont pas toujours ceux que l’on croit…

Personne n’est jamais vraiment totalement bon ou méchant. Les choses sont beaucoup plus compliquées. Tel qui se croit courageux peut faiblir devant la violence qui lui est faite. Tel qui se serait cru faible peut découvrir qu’il a en lui des ressources qu’il ignorait.

C’est un roman historique, mais aurais-tu pu l’écrire à une autre époque ?

Pour ce genre de romans, il faut un certain recul par rapport aux événements. Les autorités liégeoises, par exemple, se sont longtemps drapées dans la toge d’une héroïque résistance aux pressions des Allemands. Il a fallu les travaux de Thierry Rosenblum pour qu’on s’aperçoive qu’elles avaient fait de nombreuses concessions à l’ennemi.

T’es-tu inspiré de personnages réels ? As-tu discuté avec des personnes qui étaient à Liège à l’époque et qui ont été confrontés à tout ça ?

La plupart des personnages sont inspirés de personnes réelles décrites dans les travaux de Rosenblum. Après la publication du roman, j’ai rencontré de nombreuses personnes de la communauté juive qui avaient vécu les événements et qui reconnaissaient sans peine les personnes dont je m’étais inspiré.

Selon toi, plongés au cœur de l’action, les Hommes ont-ils conscience de leurs actes ou bien agissent-ils instinctivement ?

Je pense que les gens agissent essentiellement par instinct. Les héros, pour la plupart, affirment qu’ils ont juste fait ce qu’il fallait, que c’était normal, que tout le monde aurait agi de la même manière. Ils n’ont pas réfléchi. Ils ont fait sincèrement ce qui s’imposait sur-le-champ à leurs yeux. Le bien à faire, pour eux, allait de soi. La morale elle-même risque fort de nous éloigner d’un acte de dévouement. Car la morale est un système qui fonctionne avec la raison, à coups de considérations, de pour et de contre, de casuistique. Si j’accueille un Juif, ne fais-je pas courir à d’autres le risque de représailles ? Ne tomberai-je pas moi-même aux mains des nazis, alors que j’ai des responsabilités vis-à-vis de ma famille, de mes enfants ? Si paradoxal que cela soit, on peut dire qu’un acte héroïque n’est pas un acte moral au sens kantien, par exemple, lequel requiert une mobilisation de l’intelligence.


regrettablesincidentsDe regrettables incidents (2015)
Lien externe du livre

Nous sommes dans une petite bourgade belge à la fin des années 90, et la jeune et très belle Olga, immigrée kazakhe qui vit en retrait du monde avec sa famille, est sollicitée par le nouveau directeur de la troupe de théâtre amateur pour en devenir la « jeune première ».

Son arrivée fera ressortir des souvenirs enfouis, des secrets inavoués – des agressions qui se sont perpétrées sans que rien n’ait jamais été dit –, qui se solderont par plusieurs drames.

Il y a tout d’abord le théâtre. Je ne peux m’empêcher de lire le début de ton roman.

D’ailleurs, as-tu tes premières phrases en tête quand tu commences ton récit ?

Les premières phrases sont très importantes. Elles donnent le ton de tout le roman. Ensuite, on est obligé de rester dans le même registre. Ici, j’avais l’intention de donner justement un aspect un peu théâtral à l’entrée en matière. D’où ces sentences. J’ai effectivement commencé le roman par ces phrases, même si, à ce moment-là, je ne savais pas ce qui allait se passer au juste dans le roman. Elles ont une portée qui dépasse l’intrigue.

Quelle est la place du théâtre dans ta vie, dans ton écriture, on sait que tu y as joué étant jeune ?

J’ai une expérience du théâtre. J’ai pas mal joué. C’est un monde particulier, plein de mystères, très attirant pour un romancier dont le projet est toujours de savoir ce qui se passe en coulisse même quand il ne parle pas de théâtre.

Est-ce qu’un roman est une pièce de théâtre ?

Non, c’est assez différent, je crois, dans les moyens. Dans le but poursuivi, c’est très proche, le théâtre comme le roman vise à dévoiler l’âme humaine. Mais le théâtre mise tout sur les dialogues et il confie le sens aux comédiens.

As-tu déjà eu envie d’écrire pour le théâtre ? De voir tes personnages prendre vie sur une scène ?

J’ai écrit un peu pour le théâtre. J’aimerais continuer.

Le théâtre c’est aussi porter des masques, portes-tu toi-même des masques ? Si oui, lesquels sont tes favoris ?

Tout le monde porte un masque. Nous sommes en représentation continuelle devant les autres et même quelquefois devant nous-mêmes. Nous nous demandons en permanence comment les autres nous perçoivent. C’est ça, le masque.

Les personnages masculins de ton roman sont attirés par la beauté et la jeunesse du personnage féminin. Penses-tu qu’à partir d’un certain âge, les hommes sont fatalement frappés par cette envie de poursuivre de leurs assiduités des femmes plus jeunes ?

Il y a des gens comme ça, disons que ça fait partie des ridicules du machisme.

Une histoire bien belge, on y sent du Simenon de la comédie humaine du XXe siècle, du Maigret dans certaines attitudes. Que penses-tu de la Belgique ?

Rien du tout. Je suis Belge comme j’aurais pu être Guatémaltèque. La nationalité ne m’intéresse pas. Je ne fais pas partie des « imbéciles heureux qui sont nés quelque part », selon l’expression de Brassens. Pour moi, tous les pays se valent.

On peut dire, et ici une fois encore, que ton écriture est élégante, riche, classique et moderne. Si tu devais relever le défi d’écrire un roman dans un univers totalement « autre », à mille lieues de tes préoccupations, vraiment pour te mettre « en danger », quel univers aurais-tu envie d’explorer ?

Aucune idée. Cela ne fait pas partie de mes intentions. Je me contente du peu que je sais faire à peu près. Est-ce que tu fais partie de ces auteurs qui sont possédés par leurs personnages ? Non. Être possédé par ses personnages, c’est être possédé par soi-même. C’est du narcissisme.

Qu’est-ce qui est le plus difficile ? Débuter un roman ou le finir ?

Les deux, mon général. Au début, on n’est pas sûr de la pertinence du sujet et à la fin, on se demande comment apporter de la cohérence à l’histoire, en la bouclant correctement. Il est vrai qu’au milieu, ce n’est guère mieux. On se demande où l’on va.

Quand tu commences un roman, qu’elle est la première chose que tu fais ?

J’essaie un chapitre.

Es-tu plutôt « crayon-papier », « machine à écrire » ou « écran d’ordinateur » ?

Stylo et cahiers de brouillon Colruyt.

Écris-tu tout ton roman, avant de revenir sur le texte page par page ? Ou les modifications interviennent-elles dans le cours de l’écriture ?

J’écris chapitre par chapitre. Je n’entame un nouveau chapitre que lorsque le précédent est vraiment toiletté. Je reviens rarement en arrière, parce qu’un roman s’écrit comme la vie se déroule. Je ne peux pas dire que ce que j’ai fait hier, tout compte fait, je ne l’ai pas fait. Ce qui est écrit est écrit.

Ton éditeur effectue-t-il des remarques sur ton manuscrit ? As-tu des souvenirs de « guerre de tranchée » à propos de certains éléments de l’un ou l’autre de tes romans ? 

Mon éditeur n’intervient en aucune façon sur le texte. J’ai la chance insigne qu’il me fasse une totale confiance.

Certains auteurs définissent l’écriture comme une « souffrance ». Te retrouves-tu dans ce concept d’une écriture « qui blesse » l’auteur ?

C’est sûrement très romantique de parler des souffrances de l’écrivain. Je respecte trop la vraie souffrance, celle des pauvres, des malades, des gens écrasés par la guerre pour nommer « souffrance » les angoisses d’un auteur qui travaille dans une pièce chauffée, éclairée, avec des repas à heure fixe.

Tes personnages, prennent-ils de l’épaisseur au fil de l’écriture ? Ou fais-tu partie de ces auteurs qui possèdent des fiches précises sur ses personnages bien avant qu’ils ne « vivent » sur le papier et dans le roman ?

Je ne sais rien de mes personnages quand ils apparaissent dans le texte. Je dois les découvrir peu à peu.

Dialogue ? Descriptions ? Situations particulières ? Y a-t-il des choses que tu apprécies plus particulièrement d’écrire ? Ou d’autre que tu redoutes ?

Ce que je redoute, ce sont les inévitables remplissages. Il faut bien dire qu’un personnage entre, qu’il s’assoit, qu’il se lève, etc. Toutes ces circonstances sont exposées à la banalité du style. Ce qui est vraiment intéressant, ce sont les moments de grande intensité, d’émotion, de suspense.

Quelle liberté as-tu dans le choix de tes couvertures ? Regrettes-tu certains choix de l’éditeur si tu n’as pas de latitude ?

Je ne choisis pas les couvertures. Ce n’est pas très important, de toute façon. Il y a de très bons livres avec d’affreuses couvertures. Une couverture aguichante sert souvent à compenser un texte qui n’en vaut pas la peine.

As-tu une période de prédilection pour écrire ? Moment de la journée ? Moment de la nuit ? Moment l’année ?

J’écris à heures fixes, tous les matins, de 8 à 12h.

Y a-t-il un auteur que tu aimes particulièrement ?

Dostoïevski.

Question un peu vache : y a-t-il un auteur « classique » que tu trouves un peu « surestimé » ?

Non. La difficulté avec les classiques, c’est qu’il faut connaître leur époque, le contexte de leur œuvre pour les lire. C’est souvent par méconnaissance de ces éléments qu’on n’arrive pas à les aimer. J’ai enseigné le latin et le grec. Les auteurs anciens rebutent jusqu’au moment où on les décape devant les élèves. En revanche, il y a de nombreux auteurs actuels qui me semblent totalement surfaits. Grâce au ciel, ils ne résisteront pas au temps. Ceux qui resteront, ce seront les classiques du futur.

Avec tes qualités d’écriture, aucune maison d’éditions ne t’a jamais contacté pour écrire un roman qui serait ensuite attribué à d’autres ? Autrement dit, as-tu déjà été sollicité pour devenir nègre ?

Non.

Tous les goûts sont dans la nature, mais sois honnête, s’il t’était donné le pouvoir de faire disparaître quelques volumes des étagères des librairies… Que choisirais-tu ?

Je ne veux pas jouer ce jeu-là. Je suis sûr que de certains écrivains balanceraient avec joie mes romans. C’est trop subjectif.

Parmi tes nombreux romans, as-tu déjà été déçu d’une critique qui n’était pas celle que tu pensais ?

Je ne lis pas les critiques.

Tes romans ne sont pas dénués d’une certaine violence, morale, voire physique… Quel est ton regard sur la violence en général ?

J’ai horreur de toute forme de violence. Je suis viscéralement pacifiste. J’ai une admiration sans bornes pour Gandhi ou Martin Luther King.

Y a-t-il un auteur pour lequel tu avais un a priori négatif qui est parvenu à te convaincre quand tu l’as rencontré ?

J’ai trouvé Marc Lévy tout à fait charmant comme homme. Mais cela ne change rien à ses livres.

As-tu un avis sur le livre numérique ? En lis-tu ? Y as-tu déjà réfléchi ?

Pourvu qu’on lise, peu importe le support. Je trouve le livre numérique formidable pour qui aime lire de cette façon. Ce qui compte, c’est le texte. Papyrus, parchemin papier, écran, c’est pareil.

Penses-tu qu’il soit plus difficile d’entrer dans le monde du livre, en tant qu’auteur, aujourd’hui que lorsque tu as débuté ta carrière ?

Je pense que c’est toujours difficile, mais peut-être que le nombre de personnes qui veulent être édités et inondent les éditeurs de leurs manuscrits ne rend pas les choses plus simples. Si vous devez trier dix oranges, vous les examinez soigneusement une à une. Si vous devez en trier un camion, vous risquez d’éliminer quelques bonnes.

Tu as reçu de nombreux prix littéraire, lequel t’a le plus touché ?

Le prix Giono, parce que c’est un prix de prestige et que j’ai une profonde admiration pour l’œuvre de Giono.


5 livres indispensables

  • La Bible
  • Guerre et Paix, Tolstoï
    guerre-et-paix
  • L’idiot, Dostoïevski
    idiotdolt
  • Portrait de groupe avec dame, Böll
    portraitdegroupe
  • Incognito, Constantin Dimitriu
    incognito

 

5 films indispensables

5 CDs indispensables

Retour en haut

___________________________________________
___________________________________________

Galerie Photo

Retour en haut

___________________________________________
___________________________________________

Vidéos

 

Retour en haut

___________________________________________
___________________________________________

Audios

Présentation

Les fausses innocences

Le commandant Bill

Le bon coupable

Dans la gueule de la bête

De regrettables incidents

Prix deuxième roman

La dernière phrase

Fin

Retour en haut

___________________________________________
___________________________________________

 

 

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

eight × one =